La VH Sacrée
Collée au vent - 2015
Quand j’étais petite, la caisse de mes grands-parents s’appelait la Vache.
Pour cause, VH - 2 lettres capitales - trônaient sur la plaque 83 de la bovine R11.
Mon cerveau s’empiffre de métamorphoses maintenant que je peux rêver en pleine conscience.
Cuisiner le temps pour détendre la réalité environnante :
la Maison des Écureuils,
pin maritime échoué aux veines de Titan sur la plage de coquillages couleur javel,
sur les bords de l’Étang de Berre ;
Barbie queer,
démembrée sur l’émail de la baignoire et cyborg immergée _ the power to survive _ dans les bulles vallonnées d’une géographie olympienne ;
la moquette océan sur laquelle les billes glissent vers une destination céleste via la tapisserie rayée comme les tentes bains de mer blanche et jaune ;
la bibliothèque du lit superposé,
circuit accidenté, Monte Carlo aux ravins vertigineux et aux raccourcis littéraires, pour des voitures miniatures ;
les photos de mannequins dans Marie-Claire remaquillées durant une session feutres-photoshop sur le tapis crème et moelleux en écoutant Chet Baker et Bill Evans, Sessions de 1959, NYC ;
la cage d’escalier de l’Estandadou,
abri de mes billes vivantes, les cloportes avec qui j’aimais passer du temps ;
Papi-Patanok ;
Et par la fenêtre,
le mistral nocturne éclaire les étoiles et le monde suspendu par le jeu et le rêve.
Pendant les vacances, chaque matin, mes yeux découvrent les ombres perçantes du soleil provençal sur les murs et le plafond à musique de la chambre de Papi, sous la bienveillance spleenétique du Vieux Guitariste décharné de Picasso, accroché au dessus de son cabinet d’étude. J’entends les tourterelles roucouler perchées dans le vent qui caresse les pins parasols. Ça sent les embruns résineux et, de la cuisine, se faufilent les effluves de la délicieuse brioche de la Frangipane et du lait qui chauffe dans la casserole émaillée orange de la vieille gazinière.
J’aime ce moment de suspens, avant que la journée commence,
à poursuivre le rêve qui s’échappe duquel mon corps émerge,
à lire les signes mouvants de la lumière,
qui flirtent avec les interstices du rideau à crochets,
- des snaps de la nuit flashent -
à sentir la vie s’activer en douceur dans l’appartement,
à ne pas savoir quelle découverte la journée va être le souvenir de,
à entendre le cliquetis mélancolique de la pendule et la rondeur des cigales qui réveillent les calanques et la Méditerranée.
Je me souviens.
Du lit, sous l’étagère de livres que j’ai chaque soir craint de recevoir sur la tête pendant mon sommeil,
jusqu’à cette soirée une trentaine d’année plus tard où j’ai rencontré la Vache,
se brodent une symbolique juteuse et un argot lexical vert,
qui circonscrivent ma mythologie, triviale et vagabonde.



